Pourquoi une agence te semble-t-elle plus rassurante qu’un·e freelance auprès des client·es potentiel·les?
Est-ce la grosseur de l’équipe?
Le gros portfolio avec des marques connues?
Le bureau super design dans un bel immeuble au centre-ville?
Pourtant, aucun de ces indices-là ne parle vraiment de la qualité du travail qui sera livré. La seule chose garantie, c’est un prix pas mal plus élevé.
Laisse-moi te raconter une petite histoire.
Il y a quelques années, j’étais en appel d’offres pour un gros site web. C’était une première pour moi (et une dernière!) car je ne soumissionne normalement pas sur des gros mandats comme ça. Mais dans ce cas-ci, on m’avait invitée à le faire parce que je connaissais quelqu’un dans l’organisation.
Mon prix était environ 8 fois moins cher que celui de l’agence qui était rendue à la dernière étape avec moi.
Lors de celle-ci, j’ai eu droit à une deuxième entrevue. Une des personnes qui m’interviewait m’a demandé : « Mais qu’est-ce qui se passe si tu arrêtes ta business? »
Je pense que cette question-là venait d’une croyance bien ancrée, celle qu’une agence, avec sa grosse équipe, est forcément plus sécuritaire qu’une seule personne.
Je lui accorde, c’est une question valide.
Je lui ai répondu honnêtement que je n’ai nullement l’intention d’arrêter ma business et qu’une agence n’est pas plus à l’abri de fermer ses portes un jour.
Je n’ai pas eu le mandat.
Et dans le fond, c’était peut-être mieux comme ça : les gros clients, les gros sites web, c’est pas vraiment mon terrain de jeu préféré. J’aime mieux travailler avec des petites entreprises, des solopreneur·ses comme moi.
Comme toi.
Faque j’étais pas vraiment déçue.
Quelques mois plus tard, le site avait bien fini par être mis en ligne, mais il restait des tâches en suspens… et l’agence a arrêté de répondre.
Et devine qui elle a fini par appeler pour venir réparer les pots cassés? Moi.
Les clients traumatisés
Aujourd’hui, ça m’arrive plusieurs fois par année : des client·es potentiel·les qui me contactent après une expérience ratée avec une agence. Soit le site a été complété, soit la relation a pris fin avant même la fin du mandat.
Ces gens-là sont un peu traumatisés et ça veut dire que je dois travailler deux fois plus fort juste pour regagner leur confiance.
Depuis 2017, je travaille à mon compte, et j’en ai vu défiler pas mal de mythes sur les agences et les freelances. En voici quelques-uns qu’il est temps de débouler.
1. Le mythe du site « sur mesure » impossible à toucher
Les agences livrent des sites uniques, léchés, impressionnants.
Cool.
Sauf que dans bien des cas, tu te ramasses avec un site que tu ne peux même pas modifier toi-même : j’ai vu des client·es payer jusqu’à 10 000 $ pour un site codé en custom, avec plein de bouts de code injectés qu’ils ne comprennent pas. Ils essaient de contacter l’agence pour un petit changement, mais comme c’est « mineur », ça passe dans les craques du plancher… ou ça leur coûte une fortune pour trois fois rien.
En 2026, ça n’a plus sa place. Il existe des outils qui donnent des résultats magnifiques et qui sont faciles à montrer à un client pour qu’il devienne autonome. Pas besoin d’apprendre à coder.
Perso, je montre à mes clients comment modifier leur site eux-mêmes. Un site que tu ne peux pas toucher, c’est un site qui devient vite un boulet.
Par contre, l’autonomie reste toujours une option, pas une obligation, pour mes client·es. Si tu préfères ne jamais toucher à ton site, tant mieux : je reste disponible rapidement pour t’aider, peu importe le besoin. Je ne me contente pas de te livrer un site et de disparaître. Je suis là pour les nouveaux besoins, les questions, l’évolution de ta business. Une alliée, pas juste une grosse machine qui passe d’un client à l’autre sans regarder en arrière.
2. Le pattern des « sous-clients »
Un autre pattern que je remarque chez les gens qui arrivent chez moi : des client·es qui se sont senti·es comme des sous-clients par leur agence. Ils et elles avaient un petit budget, pour un petit site, chez une grosse agence… qui priorise (normalement) ses plus gros comptes.
Résultat : le sentiment de ne pas être écouté·e, de ne pas être important·e.
Chez moi, je ne prends pas de très gros mandats qui prennent plus de place que les autres. Ça, ça veut dire que chaque client est mon plus important client, tout simplement.
3. La continuité de la relation, dans le temps
Un·e freelance qui garde le même client pendant des années finit par vraiment connaître sa business. Son ton, sa clientèle, ses enjeux récurrents. Pas besoin de tout réexpliquer à chaque nouveau projet.
Aussi, il est à noter que le roulement de personnel, ça fait partie du jeu dans une agence. La personne qui gère ton dossier aujourd’hui peut très bien quitter son poste, et partir avec toute la connaissance de ton projet sans laisser de traces derrière elle… à chaque changement de main, il y a de la perte : des décisions oubliées, du contexte à réexpliquer, des délais qui s’étirent.
Ah et petit secret ici : rien ne garantit qu’elle ne va pas sous-traiter le projet à un·e freelance de sa banque de contacts et ce, sans que le client soit mis au courant.
4. Le bait-and-switch du pitch
Le roulement de personnel et la sous-traitance, c’est une réalité dans les agences. Mais il y a une variante plus subtile encore. C’est souvent la personne senior qui te vend le projet en entrevue… et une ressource junior qui l’exécute derrière, une fois le contrat signé. Tu ne rencontres jamais qui va vraiment travailler sur ton dossier avant d’avoir signé.
Et une fois le projet lancé, tes messages passent souvent par un ou une chargé·e de compte qui relaie tes demandes à l’équipe technique — un genre de téléphone arabe où l’information se dilue à chaque étape.
Avec un·e freelance, tu sais exactement à qui tu parles. C’est la même personne du premier appel jusqu’à la livraison, sans intermédiaire.
5. Sa réputation est directement en jeu
Un·e freelance n’a pas de logo d’entreprise pour se cacher derrière lors des mauvais coups. Son nom, ses avis, son bouche-à-oreille sont sur la ligne à chaque mandat. Si les choses tournent mal, ça heurte sa réputation. Cela crée donc un incitatif assez puissant à bien faire les choses.
6. « Si mon ou ma freelance ferme boutique, je suis pris·e »
Peur légitime. Si ta personne freelance tombe malade ou ferme sa business, tu te retrouves seul·e avec ton site.
Sauf qu’une agence peut fermer aussi.
La vraie question, c’est pas freelance vs agence. C’est plutôt : as-tu accès à ton site, à ton contenu? Ça se règle en posant les bonnes questions au moment de choisir, peu importe qui tu engages.
7. Flexibilité vs lourdeur administrative
Un·e solopreneur·e, c’est agile. Pas de comité, pas de trois personnes à consulter pour changer une virgule. La décision se prend directement.
Une agence, ça peut vite devenir lourd administrativement : plus d’intermédiaires, plus d’étapes, plus de délais. C’est pas une question de compétence, c’est juste la nature de la structure.
8. Non, un·e freelance n’est pas seul·e dans son sous-sol
Fausse croyance tenace : un·e solopreneur·e travaille en isolation, avec une seule expertise, donc forcément limité·e.
Moi, je travaille seule, mais je suis très bien entourée. Un réseau de collaborateur·rices en design de marque, en rédaction, en photo, etc. On n’est juste pas une « agence » au sens officiel. Chacun·e facture de son bord, chacun·e a son expertise, et ensemble, on couvre large. C’est un réseau, pas un one-woman-show isolé.
9. Le vrai avantage : prix, contact direct, rapidité
C’est souvent moins cher — pas de frais de structure ou de gestion d’équipe à absorber dans ta facture.
Tu as un contact direct avec la personne qui fait le travail, pas un ou une chargé·e de compte qui relaie tes messages.
La décision est plus rapide — moins de monde dans la boucle.
Il y en a à tous les niveaux d’expérience et de prix — tu magasines selon ton budget, pas juste selon un logo prestigieux.
J’aimerais quand même amener une nuance.
Je ne dis pas que toutes les agences sont à éviter. J’ai eu la chance de collaborer avec Bras Gauche, l’agence de Najomie, et honnêtement? Toute l’équipe était d’une gentillesse et d’un professionnalisme sans faille. Il y a de très bonnes agences, avec des humains formidables qui y travaillent.
Mon point, c’est pas « agence = mauvais ».
C’est « agence ≠ automatiquement plus sécuritaire ni mieux ».
Et toi?
Si t’as déjà travaillé avec une agence et avec un·e freelance, laquelle expérience t’a vraiment fait sentir écouté·e, comprise, et autonome à la fin du mandat?

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